L’énigme WATREMEZ prend racine dans un apparent conflit d’intérêts majeur. L’homme, qui dirige les opérations d’EY au Gabon, occupe simultanément le poste de Vice-Président de la Fédération des Entreprises du Gabon (FEG), une organisation censée défendre les intérêts du tissu économique national. Parallèlement, il est également Vice-Président du Conseil du Commerce Extérieur de France, une instance dédiée à la promotion des intérêts économiques de la France à l’étranger.
Cette double casquette pose un problème éthique fondamental. En cas de divergence d’intérêts, une situation fréquente dans le monde des affaires, quelle nation WATREMEZ privilégiera-t-il ? Cette ambiguïté, au vu de ses positions stratégiques, alimente les suspicions quant à un éventuel accès privilégié à des informations sensibles au niveau du Gabon, potentiellement exploitées au profit d’intérêts étrangers.
Un dernier élément troublant est venu s’ajouter à ce tableau déjà sombre : un lien de parenté existerait entre Éric WATREMEZ et l’actuel Administrateur Provisoire de la SEEG, plaçant de facto le DG d’EY dans une situation de conflit d’intérêts supplémentaire.
Mais les zones d’ombre autour de M. WATREMEZ ne s’arrêtent pas là. Sa réputation, selon des sources concordantes, serait entachée par de nombreuses allégations de fraude. Ces murmures ont pris une tournure concrète le 18 mars dernier, lorsque le patron d’EY a été entendu par les services du B2 dans le cadre de ses fonctions de commissaire aux comptes au sein de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG).
Les révélations issues de cette audition sont accablantes. WATREMEZ aurait reconnu plusieurs manquements graves à la loi et à la déontologie professionnelle. Parmi ceux-ci, son refus de reconnaître l’autorité du Comité de Surveillance de la SEEG, présidé par le Général AKAGAH, à qui il n’aurait jamais rendu de comptes. Plus inquiétant encore, les comptes de la SEEG n’auraient pas été certifiés par EY depuis 2019, une omission lourde de conséquences.
Les enquêteurs s’interrogent également sur le rôle d’EY dans les difficultés financières croissantes de la SEEG, allant jusqu’à évoquer une co-responsabilité dans la faillite de l’entreprise. La responsabilité pénale du cabinet d’audit pourrait même être engagée, car en tant que commissaire aux comptes, EY avait l’obligation légale de saisir le procureur de la République face à des faits délictueux avérés, une démarche qui aurait été sciemment omise. Cette omission soulève des questions légitimes sur les pratiques habituelles d’EY, qui audite pourtant de nombreuses entreprises clés du pays.
Face à ces révélations, de nombreuses interrogations émergent. Le comportement d’EY et de son dirigeant relève-t-il d’une simple incompétence, ou s’agit-il d’une stratégie délibérée ? Certains observateurs se demandent si WATREMEZ n’agirait pas en sous-main pour favoriser un retour de Veolia, l’ancien gestionnaire de la SEEG, au détriment des intérêts nationaux.
Ces faits, loin d’être anodins, revêtent une gravité particulière pour l’économie gabonaise et la confiance dans ses institutions. Les enquêtes se poursuivent afin de démêler les fils de cette affaire complexe et de déterminer l’étendue des responsabilités. L’ombre du conflit d’intérêts et des allégations de fraude plane désormais sur la direction d’Ernst & Young au Gabon, un dossier que les autorités devront examiner avec la plus grande attention.