Ouverte en 2010 à l’initiative de l’association Transparency International, cette enquête vise principalement des membres du clan Bongo, héritiers de l’ancien président gabonais Omar Bongo, ainsi que la banque BNP Paribas. Au cœur du dossier : un patrimoine immobilier estimé à 85 millions d’euros, soit environ 55,8 milliards de francs CFA, réparti entre les plus beaux quartiers de Paris, la Côte d’Azur et la Provence, soupçonné d’avoir été financé par des détournements de fonds publics gabonais.
Vingt-quatre personnes ont été mises en examen, parmi lesquelles Pascaline Bongo, fille aînée d’Omar Bongo et ancienne directrice de cabinet présidentielle, mais aussi des notaires, des avocats, des sociétés civiles immobilières, et de manière plus inattendue, l’ex-Miss France Sonia Rolland. Cette dernière est poursuivie pour avoir reçu en 2003 un appartement à Paris de la part d’Édith Bongo, alors Première dame du Gabon.
La justice soupçonne notamment que 52 millions d’euros, soit environ 34,1 milliards de FCFA, auraient été transférés par Omar Bongo à une société gabonaise, Atelier 74, qui aurait ensuite réinjecté ces fonds en France pour financer des acquisitions et des rénovations. À ce jour, environ 70 millions d’euros, soit 45,9 milliards de FCFA, de biens ont été saisis par les autorités françaises.
La banque BNP Paribas est, elle aussi, dans la ligne de mire. Mise en examen en mai 2021 pour blanchiment aggravé, elle est soupçonnée d’avoir facilité des opérations douteuses à hauteur de 35 millions d’euros, soit 22,9 milliards de FCFA, tout en reconnaissant des « carences » dans ses procédures de contrôle.
Le contexte politique récent au Gabon a relancé l’intérêt pour l’affaire. En août 2023, la chute d’Ali Bongo Ondimba, fils d’Omar Bongo, renversé par les militaires, a ouvert une nouvelle brèche. S’il n’est pas formellement mis en examen, sa fin de mandat pourrait lever certains freins à des poursuites, même si son immunité reste, pour l’instant, un point juridiquement flou.
L’État gabonais, aujourd’hui partie civile, espère récupérer une partie des avoirs détournés. La perspective d’un procès se dessine, probablement d’ici 2026, selon l’avocat William Bourdon, conseil de Transparency International : « On est certain que tout le clan Bongo et ses complices prestataires français vont être jugés. »
Un procès qui ferait date, et qui poserait frontalement la question de la responsabilité des élites africaines, mais aussi des acteurs économiques et financiers français, dans le maintien de réseaux d’enrichissement illicite nourris par des décennies de Françafrique. Le Parlement français, de son côté, a anticipé l’issue judiciaire : depuis 2021, un dispositif prévoit la restitution aux populations spoliées des biens saisis dans ce type d’affaires. Une réparation encore symbolique, mais attendue.