L’émission a été marquée par une série de confrontations où Alain Claude Bilie-By-Nze a, à plusieurs reprises, rappelé au journaliste ses limites. Dès les premières questions sur son passé et ses demandes de pardon, l’ancien Premier ministre a instauré un rapport de force, soulignant l’importance de “l’autocritique” et de la “remise en cause”. Il a entamé son intervention en expliquant son “chemin de Damas” et en demandant pardon aux Gabonais pour ses actions passées, notamment sa communication des chiffres controversés de 2016. “J’ai demandé pardon parce que j’ai communiqué des chiffres qui ont heurté les Gabonais,” a-t-il déclaré, tout en soulignant qu’il s’agissait de “chiffres officiels, des chiffres de l’État.” Il a défié quiconque prétendrait le contraire de venir débattre publiquement, et a distingué le “pardon pour ce qu’on a fait” du “pardon par péché” soulignant sa volonté de ne pas endosser des responsabilités qu’il estime ne pas lui incomber.
Les échanges ont atteint un point culminant lors des discussions sur la commission Vérité, Justice et Réconciliation. Face aux tentatives du journaliste de remettre en question l’opportunité de cette commission, il a rétorqué avec une ironie mordante : “Et donc à mettre la poussière sous le tapis ?”. Il a ensuite reproché au journaliste son manque d’investigation sur les événements de 2016, lui demandant : “j’entends votre chicanerie, (…) Aujourd’hui, parce que le pouvoir il n’est plus entre les mains du PDG et Bilie-By-Nze n’est plus Premier ministre. Vous semblez avoir trouvé tout d’un coup une liberté. Mais la liberté que vous avez aujourd’hui, c’est de passer d’un maître hier à un nouveau maître aujourd’hui. Avez-vous critiqué le CTRI une seule fois“, a-t-il répondu.
Un échange particulièrement tendu a eu lieu concernant son passé judiciaire. Face aux allusions d’un journaliste, il a rétorqué avec une ironie cinglante : “Je m’étais demandé dans la question des poubelles, qui va tirer le sort ? Et je vois que c’était vous.” Il a ensuite rappelé l’arrêt de la Cour de cassation qui avait cassé tous les jugements le concernant, et a exigé que cette affaire cesse d’être exploitée.
Sur l’état de droit, il a exprimé sa vision d’une justice indépendante et impartiale. Face aux questions sur la partialité de la justice, il a déclaré : “Moi, président, le président de la République je ne présiderai pas le Conseil supérieur à la magistrature. Il sera présidé de manière à ce que ce soit les magistrats eux-mêmes qui choisissent librement qui va être celui qui va présider le Conseil à la magistrature.” Il a également insisté sur le respect du secret de l’instruction, affirmant : “Je serai président de la République, que je ne me mêlerai pas des décisions de justice et je n’irai pas dire que dans tel dossier, il y a tel ou tel ou tel élément. Parce que le secret de l’instruction est garanti par la loi et protégé par la loi.”
Concernant la diplomatie gabonaise et les accords de défense avec la France, il a affirmé sa volonté de réexaminer ces accords, y compris la présence militaire française, et a critiqué le président de la transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, l’accusant de “réciter les leçons de son maître”. Il a également souligné que le Gabon était l’un des rares pays africains à ne pas avoir demandé le départ des forces françaises.
Sur la réorganisation de l’armée, il a plaidé pour une nouvelle stratégie de défense nationale, axée sur la montée en puissance des forces gabonaises et une meilleure formation des soldats. “Il faut donc investir massivement là-dedans, faire en sorte que nous montions en puissance, mais mieux former nos soldats, mieux les encadrer et faire en sorte que nos soldats ne soient pas utilisés pour les questions politiques, mais que ce soit des soldats qui ont choisi l’armée, la défense et qu’on les accompagne, qu’on les traite bien.” a-t-il affirmé.
Concernant le gisement de Bélinga, il a exprimé une urgence : “Si dans les 3-4 ans à venir, on n’a pas lancé Bélinga et que la Guinée lance Simandou, il faudra attendre 15 à 20 ans avant que Bélinga soit à nouveau un élément attractif sur le marché.” Il a ainsi mis en évidence l’importance stratégique de ce projet pour l’économie gabonaise, tout en soulignant la nécessité d’une action rapide.
Sur la corruption, il a été particulièrement virulent, critiquant les “détournements massifs de finances publiques” et l’impunité dont bénéficieraient certains responsables. Il a notamment déploré le manque d’enquêtes sur les officiers de police impliqués dans des affaires de drogue, et a interrogé : “Que sont-ils devenus ces officiers de police qui ont été impliqués dans la question de la drogue au Gabon ? Sous le CTRI, que sont-ils devenus ? Et donc nous mettrons un terme à cette impunité.” Il a également critiqué le manque d’interpellations de comptables publics, soulignant ainsi son intention de lutter activement contre la corruption. Il a également pointé du doigt les dettes cachées d’Ebomaf et Assala, soulignant l’opacité des finances publiques.
Sur le sujet de l’économie gabonaise, il a évoqué “les damnés de la rente”, citant Gabriel Ntougou, pour illustrer les conséquences négatives de l’économie rentière sur le développement du pays, et a plaidé pour une diversification économique.
Accusé d’être responsable de la fermeture de l’unique école de santé qui forme les infirmiers d’Etat, il a défendu son action en tant que Premier ministre, rappelant avoir obtenu la réouverture des écoles de formation et lancé les concours nécessaires. Il a également souligné ses visites sur le terrain pour vérifier l’avancement des travaux de réhabilitation des écoles de santé. “Madame moi j’étais plus ministre de janvier 2023 à août 2023 ça vous semble peut-être l’éternité mais c’était sept mois” a-t-il déclaré, soulignant son action rapide pour corriger les dysfonctionnements.
À l’issue de cette émission, une question demeure : Alain Claude Bilie-By-Nze a-t-il réussi à convaincre les Gabonais ? Son mea culpa et sa détermination à défendre son projet de société ont-ils suffi à effacer les doutes et les critiques ? Seul le verdict des urnes, le 12 avril prochain, permettra de le déterminer.