Dans ce document, le RPP invoque l’article 25 alinéa 4 de la Charte de l’Union africaine, qui stipule que « les auteurs de changement anticonstitutionnel de gouvernement ne doivent ni participer aux élections organisées pour la restitution de l’ordre démocratique, ni occuper des postes de responsabilité dans les institutions de leur État ». Pour le parti requérant, la participation de l’actuel chef de la junte militaire – arrivé au pouvoir après le coup d’État du 30 août 2023 – constitue une violation flagrante de cet engagement panafricain.
Une démarche à portée internationale
S’exprimant sur les réseaux sociaux après le dépôt de la requête, Jacques Janvier Rop’s Okoué Edou, installé au Canada, dans la province du Québec, où il enseigne l’économie dans plusieurs établissements supérieurs, s’est dit satisfait du bon déroulement de la procédure et a annoncé la mise en place imminente d’une coalition visant à contester, sur le plan international, la légitimité de la candidature du général Oligui Nguéma.
« Nous allons attaquer le CTRI et le putschiste en chef Oligui Nguéma sur le plan juridique au niveau international. Notre combat ne sera pas militaire, mais mené avec la force du droit », a-t-il déclaré. Il a également évoqué une future offensive politique et financière, citant des démarches à venir auprès du FMI, de la Banque mondiale et de la Cour pénale internationale (CPI).
Par ailleurs, le 7 février dernier, Jacques Janvier Rop’s Okoué Edou a lui-même annoncé sa candidature à l’élection présidentielle du 12 avril 2025. Une décision qui marque son engagement politique et qui pourrait redistribuer les cartes dans cette course à la magistrature suprême.
L’Union africaine face à un test de crédibilité
Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine avait suspendu le Gabon le 31 août 2023, au lendemain du coup d’État militaire, entraînant la suspension immédiate « de la participation du Gabon à toutes les activités de l’UA, de ses organes et institutions ». Cette décision avait été prise en application des principes de l’organisation panafricaine, qui condamne fermement les changements anticonstitutionnels de gouvernement.
Le RPP interpelle directement l’Union africaine en la mettant face à ses responsabilités : « L’UA ne peut cautionner une élection où l’un des candidats viole ouvertement sa propre charte. » Selon le parti, accepter la candidature d’Oligui Nguéma reviendrait à légitimer les coups d’État sur le continent et affaiblirait l’image de l’institution panafricaine à l’international.
Oligui Nguéma reste silencieux face aux appels à sa candidature
Malgré la multiplication des appels à sa candidature, Brice Clotaire Oligui Nguéma ne s’est pas encore officiellement prononcé sur sa participation à l’élection présidentielle. De nombreux mouvements politiques et figures de la société civile le pressent de briguer un mandat, estimant que sa présence dans la course assurerait la continuité de la transition entamée après le renversement d’Ali Bongo Ondimba.
Cependant, le chef de la junte garde le silence et dispose encore de quelques jours pour se décider. Le 8 mars 2025 constitue la date limite du dépôt des candidatures, au-delà de laquelle il ne pourra plus prétendre au scrutin présidentiel. Son éventuelle déclaration d’intention sera donc scrutée de près, aussi bien par ses partisans que par ses opposants, qui entendent bien empêcher son accession au pouvoir par la voie des urnes.
Alors que l’échéance électorale approche, cette requête du RPP met l’Union africaine face à un dilemme : restera-t-elle fidèle à ses principes ou choisira-t-elle une approche plus conciliante face à la transition en cours au Gabon ? En attendant, le débat s’intensifie et le climat politique gabonais s’échauffe à l’approche du scrutin présidentiel.