Que signifie concrètement quitter l’OIF ?
Avant d’analyser les raisons et les impacts de cette décision, rappelons que l’OIF, anciennement l’Agence de Coopération Culturelle et Technique, a vu le jour le 20 mars 1970 au Niger et a célébré cette année son 55ème anniversaire. En se retirant de l’organisation, ces trois pays ne participeront plus à ses activités, notamment au Sommet, qui constitue l’instance suprême de l’OIF.
Pourquoi ces pays ont-ils pris cette décision ?
Selon Loïc Rudel Edzang, la décision des pays sahéliens repose sur des raisons à la fois endogènes et exogènes. La région, marquée par une instabilité politique croissante et une menace terroriste persistante, perçoit la France comme un acteur influent dans ces crises. Quitter l’OIF est donc un geste politique visant à remettre en question la présence et l’influence de la France dans ces pays. Ces États pourraient ainsi chercher de nouveaux partenaires, notamment la Russie, pour redéfinir leur coopération internationale.
Ce départ affaiblira-t-il la Francophonie ?
Pour l’expert, la Francophonie ne sera pas fragilisée par ces départs. Avec 88 États et gouvernements membres, observateurs et associés, l’organisation demeure une plateforme influente. Toutefois, ces retraits pourraient pousser le secrétariat général à réfléchir à de nouvelles politiques linguistiques en Afrique, notamment en Afrique de l’Ouest, où la relation avec la France suscite des tensions croissantes.
Le cas du Niger est particulier, car l’institution y a été fondée et que l’un de ses pères fondateurs, Hamani Diori, en était originaire. Cela souligne l’importance historique du pays au sein de l’OIF, même si son retrait symbolise une rupture nette avec cette héritage.
Quel impact pour la Francophonie en Afrique ?
L’OIF a un rôle majeur en Afrique subsaharienne, notamment en matière de promotion de la démocratie et des droits de l’homme. Elle s’est déjà engagée dans des crises politiques, comme à Madagascar en 2009, pour favoriser un retour à l’ordre constitutionnel. Toutefois, Loïc Rudel Edzang souligne une confusion fréquente entre la Francophonie et la France. L’OIF est une organisation internationale rassemblant des pays de divers continents et ne saurait être assimilée à une simple extension de la politique française.
La décision des pays de l’AES de quitter l’OIF reflète donc une dynamique de repositionnement géopolitique, mais ne remet pas en cause la solidité de l’organisation. Elle incite toutefois l’OIF à repenser son rôle et son action en Afrique pour préserver son influence et sa pertinence.