Voici l’expression du mépris dans toute sa plénitude : poser une question à quelqu’un tout en ricanant. Cela suppose que votre interlocuteur est un rigolo, un bouffon, un boute-en-train, une zeze dzom (une chose sans valeur). Est-il normal d’adopter un tel comportement lors d’un débat présidentiel ?
Nul ne sait ce que l’avenir nous réserve. En 2023, lorsque Armel Mbina s’excitait face à Ndong Sima — « vous devez à la vérité de dire » —, il ne s’imaginait sûrement pas que quelques semaines plus tard, ce même Ndong Sima deviendrait Premier ministre. Je me demande ce qu’il dirait aujourd’hui s’il recroisait celui qui lui avait répondu que sa question n’était « pas pertinente ».
Pour revenir à l’émission 1 Candidat_1 Projet de la présidentielle 2025, diffusée le jeudi 3 avril avec la candidate Mme Gninga Chaning Zenaba, indépendante, on avait le sentiment que les journalistes prenaient plaisir à vouloir l’humilier. Ils s’accrochaient à la moindre de ses lacunes pour les exposer. M. Agaya, qui a lui-même souffert de harcèlement numérique à cause de son célèbre lapsus « gel hydroélectrique », sait mieux que quiconque que l’acharnement n’a rien de constructif. Pourtant, il reproduit le même schéma face à Mme Gninga Chaning Zenaba, qui manque manifestement d’expérience.
Ces journalistes n’auraient jamais osé un tel traitement s’ils avaient eu en face d’eux Pierre Mamboundou, Paul Mba Abessole, Maganga Moussavou ou même un Ondo Ossa — Yves Mitoumba peut en témoigner.
Cette séquence illustre aussi un certain nivellement par le bas de notre classe politique. Aucun des 13 candidats à la présidentielle de 1993 n’aurait offert une prestation équivalente à celle de Mme Gninga. Tous auraient été bien au-dessus, car c’était une autre génération d’hommes politiques.
Au passage, si un homme avait affiché une telle attitude vis-à-vis d’une femme, les féministes de la vingt-cinquième heure auraient crié au sexisme, au machisme et au mansplaining. Heureusement, cette fois, c’était entre femmes.